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Entretiens avec MICHEL ARCHIMBAUD


Michel Archimbaud : Sans discuter le génie de Baudelaire, n’est ce pas suranné pour une artiste du XXIème siècle de travailler d’après ces écrits ?

 

 

Cécile Guicheteau : Je pense que tout artiste digne de ce nom peut se recommander d’un tel créateur, qui à mon sens, est et reste d’une modernité absolue. Les textes choisis ici  sont depuis des années, une nourriture quotidienne pour moi.

Bien d’autres artistes ont éprouvé de la part de musiciens, poètes, écrivains une telle emprise. L’interaction des différents  arts m’apparaît essentielle à l’ouverture de tout esprit créatif, et d’autre part, il me semble que les œuvres des uns engendrent depuis des siècles les œuvres des autres.

C’est ainsi que Baudelaire m’a permis d’exprimer et de réaliser les œuvres présentées dans ce livre.

Ce qui me touche chez Baudelaire, c’est son principe de réalité transcendé par sa poétique, ainsi dans Une charogne :

  

                          « Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve,

                                              Une ébauche lente à venir

                                 Sur la toile oubliée, et que l’artiste achève

                                              Seulement par le souvenir. »

 

N’est-ce pas là l’essentiel ? À la limite, ce n’est pas très important de savoir que Baudelaire a été capital à un moment de ma vie artistique, mais dans le cadre de notre conversation, il semble intéressant de le raconter.

Par ailleurs, mon travail n’a pas consisté à illustrer les poèmes choisis ici. Mes œuvres proposent une expression picturale de l’écrit.

C’est pour cela que je trouve passionnante cette aventure livresque, car l’objet qui résultera de l’association peintures et poèmes, deviendra l’objet idéal à mes yeux.

 


M-A : Et pourtant vous ressentez le besoin d’inclure les textes de Baudelaire dans la peinture

 

C-G : Certes, comme je viens de l’exprimer, le livre deviendra sans doute, l’objet de mon fantasme. Celui qui cristallisera ainsi ma rencontre avec le poète. Et sur les cimaises des galeries, cette urgence de mélanger les matériaux, les pigments et le mot lui-même, qui se définit comme une autre matière. Ainsi cette fusion devient pour moi une évidence sensuelle et intellectuelle.

 

M-A : Actuellement dans votre création, y a-t-il d’autres artistes qui ont la même importance que peut avoir Baudelaire ?

 

C-G : Oui. La musique fait partie intégrante de la moindre de mes créations. Chaque œuvre que je réalise s’associe d’elle-même à une musique bien précise. Ainsi lorsque j’étais étudiante et que je réalisais un projet je pouvais écouter durant des mois le même disque, que ce fût Nina Hagen, Pergolèse ou Barbara.

Aujourd’hui j’avoue que c’est  la musique dite « classique », bien que cette appellation m’agace, et surtout Bach qui bizarrement agissent sur mon art de façon importante et essentielle.

Sur un plan artistique cela m’étonne toujours car pour moi son côté  Épure  et méthodique s’oppose et se fond à ma façon de peindre.

 

Dans le domaine de la peinture, et sans flagornerie, le peintre qui m’a offert ma première émotion artistique au collège, fut Francis Bacon. Sans toutefois  qu’une quelconque influence dans ma peinture, ne se vérifie aujourd’hui.

L’empreinte de ce génie sur mon travail se trouve plus sur le plan de l’idée même de la création. D’ailleurs, Bacon est tellement dans le vrai quand il dit que ce qui se passe sur la toile résulte souvent du mélange de la chance et du « métier acquis » sans que de grands projets en soient à l’origine.

Quand je lis les divers entretiens que Bacon a réalisés, je partage aussi sa passion pour Shakespeare qui comme Baudelaire réussit à transcender la mort en une beauté de la laideur.

Charles Baudelaire l’exprime lui-même merveilleusement en déclarant "C'est un des privilèges prodigieux de l'Art que l'horrible, artistement exprimé, devienne beauté, et que la douleur rythmée et cadencée remplisse l'esprit d'une joie calme. "   


M-A : En regardant votre travail actuel, une évidence se fait jour par rapport à l’expressionnisme allemand ainsi qu’au mouvement symboliste.

 

C-G : Oui, mais méfions nous des évidences.

J’avoue bien volontiers mon admiration sans bornes pour le trait brut, la violence des corps parfois décharnés d’Egon Schiele ainsi que pour la couleur et les mouvements incroyables des toiles de Chaïm Soutine.

Gustav Klimt, qui aujourd’hui m’impressionne par la grâce de son génie a longtemps été pour moi un peintre obscur.

Aujourd’hui je dirais que personne ne peut créer en étant vierge de toute influence. Et c’est même très rassurant à mon sens d’avoir des modéles, non pas à égaler, mais au moins à approcher de son mieux.

Ils deviennent des compagnons aussi fidèles et intransigeants que nos pinceaux.

Ainsi, mon atelier est empli de mes maitres que sont Modigliani, Giacometti, Klimt, Eugène Vuillard, Goya, Léonard de Vinci ou Michel-Ange et tous les autres que j’oublie.

 

Cela pour dire que je reconnais et revendique l’influence réelle dans ma peinture des symbolistes, à qui je rends d’ailleurs un hommage ouvert dans deux de mes toiles (le vampire et remords posthumes). Mais il me semble que l’œuvre d’un artiste est composée d’une quantité infinie de références, conscientes ou inconscientes.

 

M-A : Question pratique : Je suis toujours étonné des grands formats que vous faites.

 

C-G : C’est une question de respiration. Le travail sur la toile est une épreuve de force, presqu’un combat contre l’autre. L’autre n’étant bien sûr que soi-même. Dans cet affrontement de la main et de l’esprit, les petits formats deviennent étouffants et m’enferment très vite. De ce fait, les grandes toiles sont celles qui me permettent une plus grande amplitude physique et une vraie respiration.

De plus, je reprendrais volontiers à mon compte une phrase du poète Bernard noël parlant d’olivier Debré : « La peinture a longtemps joué du regard et du regardé en traitant l’espace comme un simple lieu de représentation(…) son espace n’était guère que l’air de l’image… »

 

M-A : Votre geste est-il partiellement déterminé par la thématique inhérente au projet Baudelairien ?

 

C-G : Au travers de son œuvre, Baudelaire sublime des thèmes d’une extrême violence. Il lie le mal au beau, le sublime à l’odieux, la violence et la volupté, même la mort devient une espèce d’esthétisme.

Je crois que c’est précisément cette démarche Baudelairienne qui m’intéresse dans le geste pictural.

Faire que le laid puisse devenir agréable à l’œil. J’adore qu’une image paraisse belle et attirante dans sa globalité et que l’œil s’attardant dessus découvre qu’elle n’est formée que d’éléments affreux. L’idée même que l’ensemble cache le détail est une force de Charles Baudelaire et pour revenir à votre première question, je trouve que c’est une réalité très contemporaine.

 

 

M-A : L’étape de ce travail Baudelairien est-elle une rupture ou est-elle en continuité avec ce que vous avez déjà fait ?

 

C-G : Je dirais qu’il s’agit un peu des deux. D’abord une continuité évidente qui a permis une maturité essentielle pour pouvoir créer, sans être bridée par des contingences techniques qui empêchent la liberté de l’esprit.

Mais c’est aussi étrangement une rupture pour l’avenir. C'est-à-dire que je ne pourrai manifestement plus peindre légèrement. Les thèmes futurs devront essayer d’être à la hauteur du génie de Baudelaire.

 

M-A : L’instinct occupe t-il une place importante dans votre création ?

 

C-G : L’instinct est à l’origine de l’art depuis la nuit des temps. L’art brut en est le plus grand exemple du XXème siècle, en 1960 Du buffet disait :

 

« L’art ne vient pas coucher dans les lits qu’on a faits pour lui ; il se sauve aussitôt qu’on prononce son nom : ce qu’il aime c’est l’incognito. Ses meilleurs moments sont quand il oublie comment il s’appelle. »

 

Quant à moi, j’ai l’habitude de dire que la naissance de mon travail se fait dans le bras. Le cerveau commande à la main mais une fois que l’information arrive à cette dernière, l’idée de départ est transformée.

Il est assez troublant de constater que le combat de la main contre l’esprit est toujours perdu par ce dernier. Je ne  réussis à créer que lorsque j’accepte « le lâcher-prise », et que je laisse mes doigts et la toile décider. Plus je peins, plus je réalise que le corps garde malgré nous la mémoire des gestes.

Notre travail est une suite d’erreurs, d’imprévus et finalement une toute petite partie de décisions.

Cela dit, il me semble que cette manière de créer n’est possible que depuis le XVIIIème siècle. Même si il y a toujours eu des artistes conventionnels et d’autres qui transgressaient les codes de la société, l’apparition de la photographie semble avoir autorisé les peintres à interpréter encore plus.

En effet, le réalisme et la rapidité de la photo ont libéré les peintres de ce rôle de témoins fidèles de la société et leur ont permis d’exploiter et d’exprimer leur inconscient.     

 

 

M-A : Quelles places tiennent pour vous le corps de la femme et le corps de l’homme dans votre travail ?

 

C-G : Le corps humain est omniprésent dans mon travail, il est l’essence même de ma création. Cela étant, l’expression réaliste ne m’intéresse pas trop. Ainsi, le corps de la femme et celui de l’homme sont très semblables esthétiquement parlant. Je ne souhaite pas  m’enfermer dans une approche classique de l’anatomie parfaite. En ce qui me concerne l’image, la position et le mouvement du corps doivent être l’expression de la tourmente ou du bonheur de l’esprit, la représentation extérieure de l’état intérieur.

 

 

M-A : Quelle est pour vous la spécificité du travail que vous réalisez ? Comment définiriez-vous ses particularités ?

 

 

C-G : Je dirais que je cherche avant tout à m’éloigner de la réalité ainsi que de l’espace temps. Je ne désire pas que mon travail soit le reflet concret et daté d’une époque. Je fais partie des artistes qui n’ont rien à dénoncer de la société dans laquelle nous vivons, je laisse le soin à d’autres de le faire.

Ma revendication essentielle est celle de la couleur et je me plais à croire que la palette est reconnaissable dans mes toiles.

 

Mon travail quotidien consiste à représenter au mieux le monde qui se bouscule dans mon esprit.

 

M-A : Par les thèmes choisis dans votre travail, cherchez vous à provoquer les esprits ou essayez vous de les rendre disponibles ?

 

C-G : Il me semble que la disponibilité n’est possible que par l’apaisement de l’esprit.

Les thèmes que j’ai choisis ici sont ceux de Baudelaire, et  ceux que j’aime en règle générale, sont très proches des thèmes évoqués dans les écrits de Kafka, Allan Poe, Wilde  ou Shakespeare, donc des sujets oppressants ou quelque peu inquiétants.

Néanmoins, mon objectif est bien d’essayer de les  dédramatiser  par l’esthétique et de cette façon les rendre attirants et peut être fascinants.

Car ce sont bien les mots  qui me viennent à l’esprit lorsque je pense aux angoisses que la mort, par exemple, peut engendrer.

Bien évidemment je parle de la mort en tant que concept et non de la disparition de ceux qui nous sont chers. Dans ce cas présent les craintes sont bien compréhensibles.

Mais concernant la mort en tant qu’idée philosophique, n’est-il pas étonnant que l’Homme ait besoin d’en faire une représentation personnifiée.

Chaque enfant, si vous lui demandez d’en faire un dessin, vous fera la « fameuse dame à la faux ». Demandez-lui de dessiner la vie et…rien.

N’est-ce pas à dire que la représentation  physique et picturale peut, d’une certaine manière, rassurer? Comme si l’ennemi une fois identifié physiquement devenait un peu moins effrayant.

C’est un peu le même processus que décrit très bien Daniel Arasse quand il prétend : « réussir à percevoir ce que je ne m’attendais pas à voir est ce qui m’a attiré dans cette réflexion (...) »

Je crois que c’est ce que j’essaie de faire en traitant de tels sujets qui peuvent paraître étranges et effrayants, mais qui une fois posés sur la toile sont comme apprivoisés .

 

 

M-A : Quelquefois vos tableaux que j’aime, me font penser à des éléments décoratifs. Travaillez-vous dans la perspective de l’illustration ou de la décoration ?

 

C-G : Travailler à partir de textes ne signifie pas nécessairement que nous illustrons ou décorons.

Illustrer un texte implique que vous tentiez de comprendre l’auteur afin de rendre par l’image l’idée qui sera la plus proche de la pensée de l’écrivain.

Delacroix et d’autres artistes contemporains et amis de Baudelaire ont réussi bien mieux que moi à illustrer la pensée exprimée dans les Fleurs du mal.

Je ne cherche pas à m’approprier une époque ou une idée qui n’est pas la mienne.

Pour moi, chaque œuvre a un peu la même fonction qu’une pierre que l’on jette dans un lac. Le moindre caillou jeté peut engendrer des dizaines de ronds dans l’eau, chaque onde en provoquant une autre.

Mon travail est d’être  une de ces ondes.

 

Quant au fait de décorer, les seules choses que j’essaie de parer de leurs plus beaux atours, ce sont les thèmes choisis afin de les rendre plus rassurants, comme signifié précédemment. La toile en elle-même n’est pas décorative : elle est.

 

 

M-A : Est-ce que le travail régulier que vous effectuez avec vos élèves vous apporte un plus sur le plan de votre création ?

 

C-G : Par nature ou par éducation, je fais partie des gens solitaires, cet état de fait est-il la cause ou le résultat de mon métier ? J’ai tendance à croire qu’il en est plus la cause. Quoi qu’il en soit, je passe avec bonheur beaucoup de temps isolée dans mon atelier et dans mon univers, et ce depuis très longtemps. L’un des aspects très positif de l’enseignement, est qu’il vous oblige à rester en contact avec le monde et la réalité que l’artiste fuit la plupart du temps.

 

D’autre part, les élèves sont un peu comme les artistes de l’art brut ; non-professionnels et indemnes ou presque, de tout enseignement artistique. Ils ont une approche spontanée, sans prétention intellectuelle ou artistique.

 

La liberté qu’ils expriment au travers de leurs différents travaux me permet de garder un œil neuf et ouvert sur ce qu’ils proposent. Cette façon spontanée qu’ils ont de réaliser les travaux que je leur propose,  m’apprends chaque jour à cultiver cet instinct essentiel à la création.

 


M-A : Considérant votre formation en arts appliqués et votre travail d’enseignant, la vidéo a-t-elle un avenir dans votre futur travail ?

 

C-G : Même si rien n’est définitif, je crois que non. Ni la vidéo ni le cinéma ne m’attirent pas pour le moment.

J’ai besoin de sentir le contact de la matière, de mélanger les pigments afin d’obtenir la teinte souhaitée. Il y a quelques années, un ami scénariste m’a offert un scénario fabuleux avec l’espoir que je le réalise. J’avoue avoir vraiment souhaité le faire, mais je me suis vite rendue compte que les premières impressions qui me venaient étaient des images fixées sur une toile de lin. Je crois que je n’ai pas encore fait le tour de la réalisation sur la surface plane du tableau.

 

Il me semble que l’idée de la sculpture m’attire beaucoup plus.

J’ai encore du mal à envisager un travail artistique sans que la main soit essentielle dans la transformation de la matière.

 

Cela étant, l’avantage de la fonction créative est d’être en évolution permanente, ce qui semble encore lointain aujourd’hui peut devenir réalité très vite. Je ne ferme la porte à aucun moyen d’expression.

 

 

M-A : Pourtant en voyant votre travail pictural, je ne cesse d’imaginer un travail scénographique. Suis-je dans le vrai ?

 

C-G : J’ai eu des aventures plus ou moins heureuses avec les arts de la scène.

Cependant je ne peux pas prétendre être scénographe. Mais quels qu’aient été ces divers travaux, je garde un très beau souvenir des rêveries concrètes que le geste scénographique peut offrir. Et d’un certain point de vue, il est vrai que j’entreprends souvent une toile avec le même fonctionnement qu’un scénographe. Cela s’explique peut être par ma formation en arts appliqués qui me destinait à ce métier.

 

 

M-A : Votre vie et votre travail me semblent marqués par les ruptures, est-ce un mot qui compte dans la définition de votre œuvre ?

 

C-G : Sans prétendre qu’elle définit mes tableaux, je dirais que la notion de rupture est indissociable de l’art, puisqu’elle est inhérente à la notion de vie.

Chaque jour est en rupture avec le précédent et de fait avec le suivant. Il me semble que c’est une des missions de la création pour l’artiste ; lui permettre de sublimer ses blessures personnelles.

D’autre part, j’ai le sentiment qu’il me serait difficile de créer sans que mon imagination ne prenne racine dans une sorte de « douleur » ou de « difficulté ». D’un point de vue très simple, peindre un ciel orageux est toujours plus excitant que faire un aplat de ciel bleu.

 

En outre, la rupture ne doit pas être perçue uniquement comme une notion négative : c’est aussi le passage qui permet d’atteindre un nouvel état et une nouvelle conscience.

Malraux le disait beaucoup mieux que moi en affirmant : 

«  Le monde de l’art n’est pas celui de l’immortalité, c’est celui de la métamorphose. »

 

Se transformer, transcender sa propre histoire, laisser la ligne s’approprier votre pensée et accepter vos abandons personnels. C’est sans doute l’origine de mon besoin de peindre et peut être la raison qui vous fait ressentir la rupture dans mon travail.


 

M-A : Vous intéressez-vous à la perception de vos œuvres ?

 

C-G : C’est un peu compliqué. Je crois que plusieurs aspects de la nature humaine s’affrontent dans l’esprit du créateur lorsqu’il doit montrer ses toiles.

Il y a d’abord la notion que l’œuvre est faite pour être vue.

 

Néanmoins, la difficulté de se montrer est bien plus présente qu’on ne veut bien l’admettre. Accepter de se donner en pâture au regard d’autrui, à sa critique et parfois à  la violence de ses propos.

Par ailleurs, provoquer une réaction bonne ou mauvaise, est le souhait de chaque artiste. Rien n’est pire que l’indifférence.

 

Même si j’aimerais pouvoir vous dire que la réaction des autres m’indiffère et que le plaisir de peindre est suffisant, je dois admettre que ce serait mentir.

Nous passons tous notre vie à vouloir plaire et il me semble que les artistes souffrent encore plus de ce travers.

La manière dont mon travail est perçu est essentielle pour moi, et quoi qu’il en soit je préfère l’honnêteté du jugement à la flagornerie qui n’apporte rien.

 

 

M-A : Afin de nourrir votre création avez-vous eu besoin de beaucoup voyager ?

 

C-G : Non. Les voyages que j’entreprends existent essentiellement dans les livres et dans mon esprit.

Peut être en éprouverai-je le besoin en avançant dans ma création, mais je crois que pour le moment je m’identifie plus au « voyage autour de chambre » de Xavier de Maistre.

 

 

M-A : Réalisez-vous ce que cette expérience représente par rapport au reste de votre œuvre ?

 

C-G : Comme je le disais au préalable, je vais être poussée à chercher et à trouver des thèmes  à la hauteur de ceux qui m’ont inspirée dans ce travail.

Mais ce n’est qu’une suite logique. Le processus de création artistique est de toute façon permanent. Chaque toile se doit de surpasser la précédente et chaque projet est l’embryon du suivant.

Giacometti a peint de nombreux de visages et a fait des dizaines de sculptures, se persuadant toujours que la dernière réalisée était mauvaise.

Le mécontentement et l’envie de faire mieux nous poussent à reprendre nos outils chaque jour, comme des gosses entêtés qui sont sûrs de faire mieux la fois suivante.

L’impact sur mon travail viendra surtout de la réalisation même de cet ouvrage.

Aventure livresque, qui d’une certaine manière clôture mon lien créatif avec Baudelaire, puisque mon inspiration a pris racine dans les lignes de son œuvre et toutes les toiles qui en ont émergé se retrouvent réunies en un livre.

C’est en cela que la vision de mon travail va changer.

En effet, ce point final m’est très vite apparu aussi essentiel que peut l’être l’exposition de mes tableaux.



03/12/2013
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